Stratégies de lobbying & réformes actuelles des institutions financières  européennes
Des révélations de premier plan aux conséquences décisives !
Patrick Gatines / ogri.fr,  1er décembre 2011

 

Dans l’article qui suit, je démontre preuves à l’appui, comment des réseaux d’influence tels que le Group of Thirthy (G 30 !), l’EPFSF (Forum EuroParlementaire des Services Financiers) et le TPN (Transatlantic Policy Network) - déjà repérés par l’Ogri - et dont sont membres les plus grandes privées mondiales, mais aussi l’agence de notation Standard & Poors, ont interféré de façon décisive dans les prises de décision des institutions européennes, particulièrement au Parlement.
Sont analysées également les stratégies en réseau de ces lobbys collusifs (associant institutionnels et organisations financières privées), remontant jusqu’à la Trilateral Commission et au Groupe de Bilderberg et dont le G 30, l’EPFSF et le TPN sont des organes stratégiques décisifs dans le cadre d’une géopolitique furtive qui disqualifie de façon fondamentale le processus démocratique européen  au point que nombres de décisions, faisant parfois l’objet de vote au parlement, telle la nomination de Mario Draghi, en soit de fait légalement caduques.

L’article s’organise selon le plan suivant :

 

1) Le rapport Larosière & le Système Européen de Surveillance Financière / SESF

2) Le rapport Monti à l’origine du Fonds Européen de Stabilité Financière / FESF : une nouvelle stratégie pour le marché unique

3) Les coulisses de la nomination de Mario Draghi à la tête de la Banque Centrale Européenne

1) Le rapport Larosière & le Système Européen de Surveillance Financière / SESF

En octobre 2008, Juan Manuel Barroso commande un rapport portant sur le contrôle du dispositif bancaire européen à Jacques de Larosière.  [Voir le Rapport Larosière].

De Larosière est une  personnalité certes respectable et compétente : ex Dir. Gén. Du FMI, ex directeur général de la Banque de France et ex président de la BERD, mais il est aussi Co Président
d’EURO FI (lobby bancaire financier majeur) et conseiller de Michel Pébereau (BNP- Paribas) lui-même conseiller de Nicolas Sarkozy.
Larosière est par ailleurs membre honoraire du GROUP of THIRTY (G30 !), dont le directoire, détaillé plus bas, est composé de personnalités majeures de la finance privée & publique, dont Jean Claude Trichet et Mario Draghi qui lui a succède à la tête de la BCE. Cette organisation d’influence capitale, dans le cadre de ce que j’appelle une géopolitique furtive, est financée par les plus grandes banques mondiales publiques, privées & organismes financiers, parmi lesquelles:
Banco Santander, Bank of Tokyo Mitsubishi, Banque Centrale du Luxembourg, Banque de France, Barclays, BNP Paribas, Citicorp, Crédit Suisse, Deutsche Bank AG, Goldman Sachs, HSBC, JP Morgan Chase International, LCH Clearnet Ltd, Morgan Stanley, Royal Bank of Scotland, Standard & Poors, Swiss National Bank, UBS,Liste complète

Un « Groupe de haut niveau sur la supervision  bancaire » est alors formé par Jacques de Larosière. Afin de réaliser le rapport
Composé de_8 membres, il n’est pas non plus chiche en conflits d’intérêts.
Les intérêts privés y sont plus que largement représentés, elle comprend aussi un autre membre du directoire du G30 :

Analyse transpolitique de  la Commission Larosière : 8 membres

Groupe Larosiere

Après décompte donc, cet aréopage de 8 « sages » exerce ou a exercé des fonctions dans 12 sociétés privées dont 7 banques, 6 banques publiques,
3 banques multilatérales, 1 organisation de contrôle financier  et 8 réseaux d’influence & think tanks majeurs : soit 37 fonctions stratégiques majeures où se mélangent intérêts publics et privés.

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       A découlé du Rapport Larosière (rendu public le 25/02/2009) la réforme SESF, officialisée depuis le 1er janvier 2011: création du CERS (Comité Européen du Risque Systémique) qui chapeaute 3 autorités : Banques (ABE), Marchés financiers (AEMF), Assurances & Pensions (AEAPP). Le Comité Mixte des Autorités Européennes de Surveillance (CMAES), organe transversal aux 3 autorités est composé des autorités de surveillance des 27 Etats-membres contrôlant leur fonctionnement. Structure de contrôle financier européen dont l’architecture figure dans le rapport Larosière.

Afin d’intégrer le Parlement européen à cette nouvelle organisation de surveillance financière, 4 députés européens rapporteurs ont été désignés, ce sont :

è  CERS, qui chapeaute l’ensemble: Sylvie Goulard * (Modem / ALDE - France)
à Autorité Banques : José Maria Garcia-Margallo y Marfil * (PPE – Espagne)
à Marchés financiers : Sven Giegold (Verts-Allemagne)
à Pensions et assurances : Peter Skinner * ** (S&D, ex PSE - Royaume Uni)

On remarquera que ces nominations respectent un pluralisme politique et géographique.
Par ailleurs il faut noter que sont concernés de fait par fonctionnement bancaire et financier, de par leur mission de Présidents de Commissions parlementaires :

àWolf Klinz * ** (ALDE – Allemagne) : Commision Crise
à Sharon Bowles*  **(ALDE – Royaume Uni) : Commission Affaires économiques & monétaires
à Malcolm Harbour * ** (ECR – Royaume UNI : Commission du Marché intérieur
à Klaus-Heiner Lehne ** (PPE – Allemagne): Présidence des Présidences de Commission, car le problème du contrôle financier est transversal.

        Or, il se trouve « par hasard » que tous ces 6 députés européens dont j’ai assorti le nom d’un astérisque : (*), sont membres, en tant que députés européens, du Comité de direction (steering commettee)  de l’EPFSF : European Parlementiary Financial Service Forum / Forum EuroParlementaire des Services Financiers  et que les 5 repérés de ** sont députés membres du Transatlantic Policy Network (TPN) . De fait donc aussi : 6 sont membres de ces deux réseaux d’influence :
Peter Skinner, Sharon Bowles, Wolf Klinz & Malcolm Harbour.

Seul Sven Giegold, rapporteur de l’autorité des marchés n’appartient à aucune de ces deux organisations (TPN & EPFSF) !
Qui sont-elles ?
  

L’EPFSF est une organisation dont l’objet est, selon son site, de « faciliter et de dynamiser l’échange d’information sur les services financiers et le marché financier européen entre la Finance et le parlement européen ». Autant dire qu’il s’agit d’une organisation collusive par sa vocation, elle l’est aussi par sa composition puisqu’en sont membres aussi (financial industry members) : les plus grandes banques mondiales, mais aussi des sociétés de compensation (Euroclear, LCH Clearnet), une société boursière transatlantique : Nyse / Euronext et une agence de notation bien connue… : Standard & Poors.
[Liste des financial industry members]

On notera que l’EPFSF compte 36 députés européens à son comité de direction, ce qui  rapporté aux effectifs du Parlement européen (754 membres, après Traité de Lisbonne),
 représente donc 4,8 % des effectifs du parlement.

Question : comment se fait-il qu’une organisation collusive, s’il en est, qui ne représente seulement que 4,8 % des effectifs du Parlement
arrive à s’octroyer : les 6/8, soit 75 % des postes relatifs à la gestion des marchés et à leur contrôle, au Parlement européen ?

On notera, par ailleurs que l’EPFSF se permet le luxe d’y dépêcher ses deux co-présidents : Wolf Klinz (Président de la Commision parlementaire Crise) & Peter Skinner (Rapporteur de l’autorité Pensions et assurances).


Le TPN est un réseau d’influence plus connu, dont l’objet est la création d’un vaste marché transatlantique Union européenne / Etats-Unis (UE/EU) (voir résolution Mann du 1er juin 2006).
Ses avancées les plus méritoires sont la création de la TABD (Transatlantic Business Dialogue), du Transatlantic Législator’s Dialogue (Dialogue transatlantique des législateurs / membres du Parlement européen et membres du Sénat & du Congrès des Etats-Unis) dont d’ailleurs le TPN contrôle dés l’origine la présidence (aujourd’hui avec Elmar Brok – PPE, Allemagne) puis du  Transatlantic Economic Council, (organisation transatlantique : Secrétariat au commerce des Etats-Unis / Commission européenne). Première étape de ce marché unique transatlantique à mettre aussi au crédit du TPN : la fusion boursière transatlantique NYSE/Euronext opérée le 1er juin 2006 (coîncidence ?) entre Le New York Stock Exchange / la Bourse de New York (NYSE) et Euronext : groupement de bourses européennes majeures Paris, Amsterdam, Bruxelles, Portugal, Londres (LIFE –London & Future Stock Exchange) et qui aujourd’hui projette d’intégrer les bourses allemandes (Deutsche Börse AG).
Par ailleurs, le TPN contrôle plus du quart (26 %) des commissions parlementaires : Alain Lamassoure (Budgets), Malcolm Harbour (Marché intérieur, également membre de l’EPFSF), Danuta Hübner (Développement régional), Jo Leinen (Environnement, Santé publique & Sécurité alimentaire) et enfin Wolf Klinz (Commission crise, également co-Président de l’EPFSF). C’est donc 6 commissions majeures dont le TPN assure la présidence … et de surcroit celle de la Présidence des Présidents de commission par Klauss-Heiner Lehne !
    On aura noté que le TPN, qui se définit comme un réseau de réseau (network of network), fonctionne de concert  et en réseau avec l’EPFSF. Ce que confirme par ailleurs la comparaison des listes des effectifs totaux d’eurodéputés membres de ces deux organisation.
 
Le TPN est un « avion de chasse » dont la structure furtive est un peu particulière puisqu’en sont membres :

1) 20 réseaux d’influence & think tanks majeurs, dont : Amcham EU, Aspen Institute, Atlantic Council of the United States, Brookings Institution, BRUEGEL, la Chambre de commerce des Etats-Unis, le Council on Foreign Relations (CFR), l’ European Policy Centre (EPC), The European Round Table of Industrialists (ERT), European-American Business Council, Institut Francais des Relations Internationales (IFRI), l’ UNICE/Business Europe, l’ US Council on Competitivenes, ...

2) 40 firmes globales transatlantiques, parmi lesquelles : ABB, Accenture, Basf, Bayer, Boeing, British Petroleum, British Telecom, Coca Cola, Daimler Chrysler, Deutch Bank, Dow Chemical, General Electric, Honeywell, IBM, Merck, Michelin, Microsoft, Nestlé, Oracle, Pfizer, Roll Royce, Siemens, Teléfonica, Time Warner, Unilever,… Toute la liste.

3) 55 sénateurs & membres du Congrès des Etats-Unis 

4) 47 députés européens de droite et socio démocrates. 

Ainsi organisé en réseau de réseaux, les faits d’arme du TPN sont nombreux : intrusion dans  l’élaboration du Traité Constitutionnel Européen (les deux seuls députés membres du Praesidium de la Convention (Inigo Mendez de Vigo / PPE) et Klaus Haensch / PSE) étaient membres du TPN) à celle dans l’élaboration du Modèle de Nouveau Traité (MNT) par le Groupe Amato / Advanced Commettee for European Democracy où seul M. de Vigo représentait le parlement, ou encore surreprésentation du Parlement par le TPN à la conférence de Lisbonne (3 députés sur 4 membres du TPN; tout cela dans l’ignorance citoyenne la plus complète. [Tout cela est analysé sur mon site > entrée Global Leaders.

A la tête d’une telle organisation géopolitique furtive, on ne peut trouver qu’une personnalité qui en est l’un des plus grands princes : Peter Sutherland. Cet ancien vice Président de la Commission européenne, aujourd’hui Chairman de Goldman Sachs et de British Petroleum mais aussi administrateur de 6 sociétés (Asia Aird, Berlis Llp, Eli Lily, Koç holding, Bw Ltd & Allianz) l’est aussi de l’Administration of Apostolic See, qui au Vatican gère les fonds du micro Etat. Dernier Directeur du GATT et premier de l’OMC, Peter Sutherland est un des artisans majeurs de cette transition décisive d’ouverture aux marchés. Par ailleurs il est aussi un des grands princes des réseaux d’influence : Président-Europe de la Trilateral Commission jusqu’en octobre 2011, il est aussi membre de Comité de direction du Bilderberg Group (voir listes de leurs membres en page d’accueil).

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Je voudrais faire une parenthèse quant au peu d’enthousiasme des géopolitologues  à aborder les agissements de la Commission Trilatérale et du Groupe de Bilderberg. Je crois le comprendre. La géopolitique en tant que discipline est  soucieuse de fournir des analyses et propositions fiables et scientifiquement sérieuses et ne veut se lancer dans une direction qui l’assimilerait aux exégètes de la Théorie du complot, qui fourmillent à ce sujet sur internet et où le haut débit y confine au haut débile.
Je peux le comprendre ; il s’agit d’un terrain miné, où d’ailleurs on nous repousse dès que l’on cherche quelque lumière en la matière, mais cette stratégie « naturelle » ne devrait-t-elle pas déjà  inquiéter,  disqualifiant d’office l’exercice de la raison sur un tel terrain.
Ainsi, Giordano Bruno, Copernic et Galilée ont-ils renoncé à étudier scientifiquement le mouvement des planètes et des étoiles pour fonder l’astronomie moderne, au titre que les astrologues avaient investi déjà le sujet avec force spéculation et raisonnement pseudoscientifique ? On sait bien que non, la bonne question est la suivante : le raisonnement tenu sur l’objet étudié, est-il scientifique ou pas ? Autrement dit tient-il l’examen des faits qui soient par tous vérifiables et critiquables par tous ? Voilà la seule question qui me semble légitime et à laquelle mes travaux de recherche géopolitique satisfont, je le pense. Pour le reste bûchers et tribunaux d’inquisition, font aussi partie de l’histoire des sciences, le courage de ceux qui se sont battus pour la construction de la vérité aussi ; il doit maintenant nous inspirer si nous voulons bâtir une connaissance géopolitique qui rende compte de la complexité des relations internationales souterraines du monde actuel, dans les stratégies les plus furtives qui les construisent.
Pour ma part c’est en ce sens que je travaille : il y va du combat contre un nouvel obscurantisme politique à base aussi d’autocensure, de frilosité et de non-dit. Il est grand temps de crever l’abcès si l’on veut avoir quelque chance de défaire la politique de décivilisation néolibérale aujourd’hui mondialement à l’œuvre et dont la destruction du peuple grec est la signature béante.
Et ce n’est pas là un point de vue idéologique, mais la réaffirmation de la légitimation des principes & valeurs universelles des Droits de l’homme dans le champ épistémologique de la géopolitique qui sans cela perd toute consistance dans son statut de science humaine.
Et cela serait aussi à méditer au sujet d’autres sciences humaines, qui parfois par volonté d’objectivité, calqué sur le modèle des « sciences dures », versent dans l’obscurantisme scientiste et la science humaine désincarnée, sans vouloir penser que « sciences dures » et sciences humairnes sont de nature épistémique radicalement différentes, notamment quant à la nature de leur objet et que cela nécessite
une réflexion non seulement sur l’Homme et ses productions en tant qu’objet complexe, mais aussi une sur sa dimension éthique et partant sur une éthique de la connaissance (pour parler comme Edgar Morin) qui repose sur d’autres fondamentaux, pour beaucoup encore à penser.  
Sinon quand la grenouille veut se faire plus grosse que le bœuf ... tout en allant à sa perte, elle n’arrive même pas à en être une pâle copie.
En science, l’humilité rime toujours avec rigueur (pensons au principe d’incertitude d’Heisenberg), l’oublier c’est verser dans la rigueur de surface, vernis de la science aux ordres du pouvoir politique.
 
Je mets aussi cette question au débat et au dossier « Penser de Nouvelles Lumières ». Fin de la parenthèse.

Mais revenons à Peter Pan-Pan Sutherland, dans le monde opaque des réseaux d’influence, son action ne se limite pas à des fonctions de direction au Groupe de Bilderberg et à la Commission Trilatérale. Notre homme est aussi Président de l’European Policy Centre, un think-tank des plus influents auprès de l’UE (et dont Sylvie Goulard siège au comité de direction, à ses côtés), il est également membre des comités de direction d’organisations & think tanks tout aussi importants puisqu’il siège au comité de direction de l’Institute for European Affairs, de l’European Institute, et du Davos Economic Forum. C’est par ailleurs un ancien vice-Président de l’ERT (Table Ronde des industriels européens) fondée par Etienne Davignon, alors qu’il était vice Président de la Commission européenne / Industrie, Recherche &Energie. Aujourd’hui Président honoraire du Groupe de Bilderberg,  remplacé récemment par Henri de Castries / AXA.)
Sutherland est aussiun ancien membre du Conseil international du prestigieux Council on Foreign  Relations (CFR).

Enfin, et c’est tout aussi important, Peter Sutherland, notre Président du TPN, a un pied de grande pointure dans l’élaboration de la pensée économique, puisqu’il est Président de la prestigieuse London School of Economics(LSE) qui s’attache depuis une dizaine d’année à rendre le socialisme compatible avec le néolibéralisme et dont les travaux ont été décisifs dans l’avènement du New Labour de Tony Blair et Peter Mandelson.
 
Que dire de plus sur Peter Sutherland, si ce n’est que deux distinctions dont il a été gratifié rendent parfaitement compte de sa profonde nature qui fait fi des conflits d’intérêts : il a été décoré à la fois du David Rockefeller award of Trilateral Commission et de la Médaille Robert Schumann de l’Union Européenne !

Il va sans dire concernant le TPN, et pour finir, que toutes les résolutions du parlement européen portant sur le marché unique transatlantique ont étés pilotées dans leur élaboration par des députés européens rapporteurs, membres du TPN. Je peux le prouver, documents à l’appui, et c’est fait ailleurs sur ce site.

En clair, l’EPFSF & le TPN sont deux organisations de lobbying majeures, mais agissant de l’intérieur du Parlement européen pour y mettre en œuvre des stratégies politiques furtives, à la barbe de tout fonctionnement démocratique. C’est ce que j’appelle le lobbying intégré(à l’institution cible – ndlr),résultat de réseaux collusifs (comprenant représentants politiques & acteurs privés majeurs). Mais aussi lobbying en réseau.

Ce type de stratégie collusive est une réponse au dispositif du registre des lobbyistes du Parlement européen (dans le cadre de l’Initiative Européenne de Transparence / IET), à renseigner par tout représentant d’intérêts privés qui désire démarcher auprès de tout député européen. En effet il n’a été nullement envisagé qu’un « homme dans la place », par exemple un député puisse être un lobbyiste. Et de fait un député / lobbyiste  n’a pas à satisfaire au dit registre … pour démarcher auprès de lui-même ! Il y a là un viol de l’IET  qui doit être dénoncé, mais ce n’est pas le seul.
Je peux également démontrer – documents pris à la source & c’est sur mon site – que l’importante résolution législative du 8 mai 2008 portant : « Cadre régissant les activités des représentants d’intérêts [lobbyistes] auprès des institutions de l’Union européenne » a complètement été noyautée dans son élaboration, par ces réseaux collusifs. En effet, les deux présidents rapporteurs qui se sont succédé à la tête de la commission rédigeant le rapport servant de base à cette résolution d’importance majeure, à savoir Alexander Stubb puis Ingo Friedrich, étaient tous deux membres du TPN.
Si l’on s’intéresse de près maintenant à la composition de leur commission rapportrice, on découvre alors que 77 % de ses membres faisaient partie du TPN, de l’EPFSF et du Kangaroo group. [Voir sur mon site]

De fait les lobbies financiers et industriels ont eux-mêmes largement contribué, de l’intérieur du parlement, au texte législatif sensé réguler leur action !
Au nez et à la barbe des plus de 700 de nos élus !
Comment auraient-ils pu d’ailleurs s’en apercevoir puisque l’appartenance de ces députés (stratèges de l’ombre) à ces réseaux collusifs ne figure ni dans leur déclaration individuelle, ni dans leur déclaration d’intérêts financiers. Il y a là aussi une pratique d’occultation d’information illégale à dénoncer.
Il n’est pas admissible que ces centaines de députés qui font honorablement leur travail soit ainsi les sujets d’activités d’influence opaque.

La  réforme du Système Européen de Surveillance Financière (SESF) effective au 1er janvier 2011 a été élaborée dans un cadre qui viole le principe de séparation des pouvoirs économiques et politique (Rapport Larosière / G30 – EUROFI et bien d’autres cf. Commission Larosière).
En finançant à la fois le G30 et l’EPFSF, l’agence de notation Standard & Poors est un des acteurs financiers (aux côtés de bien d’autres) qui ont interféré frauduleusement de par l’élaboration du rapport Larosière dans le dispositif législatif de l’UE portant sur la réforme du contrôle financier.
Enfin en examinant le système de rapporteurs parlementaires européen (Comité Européen du Risque Systémique), Autorité Banque et Pensions & Assurances, ainsi que les présidences de commissions parlementaires décisives dans le processus législatif européen on constate qu’à ces fonctions on trouve toujours un membre de l’EPFSF et/ou du TPN, organisations dont l’objet, la fonction et la composition, comportent à la fois députés européen et sociétés privées parmi les plus importantes) nagent en pleine collusion de pouvoir & conflits d’intérêt .

Ce montage stratégique furtif est inacceptable car également il  viole :
1) Les principes élémentaires d’indépendance (auquel doit satisfaire le législateur) : délit de conflit d’intérêts
2) Le cadre législatif de l’Initiative Européenne de Transparence (IET) qui prévaut en la matière à l’Union Européenne.

Il y a là une manœuvre inédite et scandaleuse de lobbying intégré que tout européen convaincu (et c’est le cas de l’auteur) se doit de dénoncer fermement.

Pour finir, on notera – et c’est important, j’y reviendrai par la suite - que seul Sven Giegold / Verts-Allemagne (Rapporteur de l’Autorité des marchés financiers)
ne fait partie d’aucun lobby collusif. C’est maigre, mais c’est peut-être aussi opportunité inespérée...

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2) Le rapport Monti à l’origine du Fonds Européen de Stabilité Financière / FESF : une nouvelle stratégie pour le marché unique

        En 2009, J.M. Barroso & Michel Barnier commandent à Mario Monti un rapport / Livre blanc, afin de définir les priorités stratégiques pour un marché unique.

Michel Barnier, conseiller de Nicolas Sarkozy pour les questions européennes depuis sa première campagne présidentielle, est en sus de sa présence au sein de nombre de réseaux d’influence, membre du Praesidium d’une d’elle que je veux souligner : Friends of Europe (FoE) « les Amis de l’Europe », organisation des plus influente auprès de l’UE.  

Ce puissant réseau collusif d’élite est composé de nombre de personnalités de premier plan : Ministres et anciens ministres (dont Michel Rocard, ex membre du TPN ou encore Elisabeth Guigou, par ailleurs membre de la Commission Trilatérale), dirigeants de sociétés multinationales, députés européens (x 9 dont 4 du TPN), 8 ex commissaires européens, l’ex Secrétaire Général de la Confédération Européenne des Syndicats (Lord John Monks), du co Président du Transatlantic Legislator’s Dialogue (Elmar Brok, également membre du TPN), du Chef de la délégation de la Commission européenne à Washington (John Bruton), du dirigeant de l’OMC (Pascal Lamy), du dirigeant de l’Autorité de contrôle des Marchés financiers français (Jean-Pierre Jouyet, par ailleurs président d’Aspen France où il a remplacé Michel Pébereau / ex BNP Paribas), du Directeur Europe de la Commission Trilatérale (Paul Révay), des deux ex vice présidents de la Convention européenne (Giuliano Amato et Jean Luc Dehaene, par ailleurs dernier président malheureux de Dexia), de nombre de personnalités éminentes étudiées à la loupe sur mon site, et donc de Michel Barnier (Commissaire au marché intérieur).

Cette organisation « Amie de l’Europe » est présidée par Etienne Davignon (je le rappelle Président du Groupe de Bilderberg jusqu’en octobre 2011, mais aussi Président d’Union Minière et de Société Générale Belgique, notamment), par ailleurs initiateur de l’ERT (alors qu’il était Commissaire européen à l’Industrie) et de la CES (Confédération Européenne des Syndicats) et Ex Président de l’AUME (Association pour une Monnaie Unique Européenne) aujourd’hui dissoute uen fois sa mission réalisée et dont l’objet avait été la mise en route du dispositif aboutissant au Traité de Maastricht.

      Selon son site, Friends of Europe est financée à hauteur de 18,5 % par des organisations internationales (UE, FMI, Banque Mondiale, OCDE, …), de 10,5 % par des missions diplomatiques et régionales, de 19, 8 % par des fondations & ONG, et de 51,2 % par des entreprises et organisations privées, dont 40 grandes sociétés multinationales parmi lesquelles: Exxon, British Petroleum, Shell International, Total, Areva, Cargill, Microsoft, Novartis, NyseEuronext, Eli Lilly, Pfizer, Standard & Poors , Coca-Cola, Toyota, Unilever, Veolia, Volvo, etc …
[Lien vers les entreprises privées membres de FoE]

 Les travaux furtifs de Michel Barnier recoupent en fait en grande partie ceux de Friends of Europe, on l’y suit à la trace : d’abord en tant que membre du Praesidium de la Convention européenne qui a élaboré le Traité Constitutionnel Européen (TCE) de février 2002 à juillet 2003. Cette organe était décisif dans ces travaux, puisque faisant synthèse de la réunion de la Convention et lui livrant la base de travail  pour sa prochaine plénière. Ce Praesidium était composé de 12 personnes : Le président Valéry Giscard d’Estaing, les 2 vice Président : Giuliano Amato & Jean-Luc Dehaene (nommés au Conseil de Laeken), et de 9 autres membres représentants (désignés par eux) : 2 représentants du Parlement, 3 représentants des gouvernements, 2 représentants des parlements nationaux et enfin 2 représentants de la commission européenne. Parmi ces délégués, la représentation de FoE était massive puisque sur un total de 12 membres ont y recensait 6 membres de FoE (la moitié), alors que les deux seuls représentants du parlement étaient membres du TPN, et que le Président de la convention (VGE) était membre du Groupe Kangourou, tout comme Ana Palacio (représente des gouvernements).
    
En tout : 9 membres sur 12 (soit 75 %) du Praesidium de la Convention, étaient membres : soit de FoE, soit du TPN, soit du Groupe Kangourou !

Mais les petites commissions de Michel Barnier ne s’arrêtent pas là, puisque face au refus de peuples européens par voie référendaire, il fallut mettre sur pied un Modèle de Nouveau Traité (MNT). Qu’importe un « groupe de sages » est rapidement constitué afin de formaliser ces travaux: l’Advanced Commeetee for European Democracy (ACED), composé de 16 membres et présidé par Giuliano Amato (membre de FoE et ex vice président de la Convention), dont les travaux se sont déroulés du 30 septembre 2006 au 4 juin 2007.
       Dans ce staff d’élites dit « Groupe Amato », FoE comptait encore 6 membres, soit 36 % des effectifs du groupe. Michel Barnier était encore de la partie.

       Pour la petite histoire Dominique Strauss-Kahn, membre du Groupe Amato devra le quitter en fin de travaux pour prendre la direction du FMI ; parrainé par qui l’on sait.
Enfin on conclura sur ce point, en rappelant comme Jean-Claude Layalle (ATTAC) l’avait fait remarquer à l’époque, que le financement des travaux du Groupe Amato / ACED
- « organisme privé » était il précisé sur son site -  étaient financés par la fondation allemande Robert Bosch qui détient 98 % des actions de Robert Bosch Gmbh, leader mondial des équipementiers automobiles.
       En clair le texte de base du Traité de Lisbonne a été rédigé grâce à des fonds privés. On rappellera qu’à l’époque de la création de l’ACED, Angela Merkel assurait la présidence tournante de l’Union.

- Toutes les pièces d’origine prouvant mes analyses quant au TCE et au MNT se trouvent sur mon site, à l’entrée Global Leaders. -
 
         Nicolas Sarkozy était donc informé au plus près de la construction du processus législatif européen et de ses construits discrets, par son conseiller Michel Barnier dès l’origine, et donc particulièrement à même de mener à bien, et avec eux son projet de « Traité simplifié ». Il savait aussi que Friends of Europe était un acteur incontournable du dispositif d’influence européen. C’est pourquoi le candidat Sarkozy  a cru bon et indispensable d’aller leur présenter en personne le 8 septembre 2006, (juste avant le début des travaux du Groupe Amato)  son programme de remise  en route du processus institutionnel européen. Le texte de cette conférence donnée par le candidat Sarkozy à la Bibliothèque Solvay, siège de Friends of Europe, est saisissable sur leur site : il suffit de taper le nom de Nicolas Sarkozy dans le moteur de recherche interne au site. Il est aussi disponible sur mon site.  

Et pour finir de montrer combien FoE est in acteur reconnu comme incontournable par le monde politique, on peut aussi y taper le nom de François Bayrou !

Donc, J.M. Barroso & Michel Barnier (on voit de suite davantage qui c’est) commandent à Mario Monti un rapport / Livre blanc,
afin de définir les priorités stratégiques pour un marché unique. On continue...

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On le sait, il vient d’être nommé Président du Conseil italien, autrement dit, chef du pouvoir exécutif. Depuis on a eu quelques précisions sur sa biographie, mais superficielles :

 « Monsieur le professeur » comme l’appelle J.M. Barroso dans sa lettre de mission, est président, on le sait, de la prestigieuse Bocconi University, dont il a fait un pôle majeur de théorie économique néolibérale en osmose avec l’Institut BRUEGEL, dont il est le Président fondateur - et dont Leszek Balcerowicz (membre du Groupe Larosière et du directoire du G30) est le Chairman.
Membre du Conseil de surveillance de Goldman Sachs – cela a été dit. Il est aussi membre du conseil d’administration de son think tank : Le Goldman Sachs Global Market Institute. Mario Monti compte-t-il quitter ces deux responsabilités afin de ne pas se trouver en situation de conflit d’intérêt ? Qui compte l’y aider ? Nul ne sait aujourd’hui.
Toujours est-il que notre ancien Commissaire européen au Marché intérieur et à la Concurrence l’était en tant que rapporteur pour Barroso et Barnier.

Ce qui est moins connu, c’est que Mario Monti est le nouveau Président Europe de la Commission Trilatérale (il y a succédé à Peter Sutherland en octobre 2011, après en avoir été un des membres) et il est par ailleurs aussi membre du Comité de direction du Groupe de Bilderberg. Si les médias ont répercuté le surnom sympathique que lui a donné le milieu des affaires : Super Mario, reconnaissons toutefois qu’il ne donne pas dans le jeu vidéo amusant, mais que ses activités « ludiques » donnent plutôt dans l’exégèse de la pensée néolibérale, la haute finance et l’influence de haut niveau.

Voir listes des membres de la Trilateral Commission & du Biderberg Group en page d’accueil

« Une nouvelle stratégie pour le marché unique, au service de l’économie et de la société européennes », rendu public le 9 mai 2010 Voir le Rapport MONTI en français
 
 On s’attendait sans doute à ce que j’examine maintenant en détail la composition de la commission Monti ; impossible, car la composition de cette commission ne figure pas dans le rapport. Nul ne la connaît ! A-t-il travaillé seul ? On peut le penser à la lecture du rapport.
 On peut faire l’hypothèse dès le début de la lecture de la coloration politique du rapport, Mario Monti plaçant en effet en préambule une citation de la Baronne Margaret Thatcher. Citation bien sibylline qui n’a d’autre but que de servir de référence idéologique.
Sans entrer dans les détails, ce rapport, que je vous laisse lire par vous-même, est un véritable traité de stratégie politique dont l’objectif déjà balisé par Barroso dans sa lettre de mission consiste à relancer le marché unique , dont le dynamisme a été mis à mal par la crise financière alors que l’opinion s’avère très critique à l’égard des milieux bancaires et plus généralement des affaires tout en portant un regard sévère sur les agissements des acteurs des marchés.

 

On ne retiendra ici que les points essentiels du rapport et son esprit, dont on peut penser qu’il éclairera aussi la politique que Mario Monti va mener à la tête de l’Italie et tenant compte aussi que depuis mai 2010 la crise des dettes souveraines et des CES est passée par là : approfondissant encore l’écart entre les citoyens européens et les marchés, notamment financiers mais aussi pouvant dévitaliser certaines propositions de Super Mario, même s’il souligne déjà le problème que constitue le poids de la dette publique des Etats membres de l’UE.

De fait, ce qu’il y a d’intéressant dans ce rapport c’est que sa philosophie n’est pas sans rappeler celle du Colloque Lippmann, tenu à Paris en 1933, et où il s’agissait de rendre le libéralisme sympathique, opportun et efficace par temps de crise économique, qui en avait discrédité l’image et l’idéologie auprès des populations. De la sorte choix avait été fait d’inclure et de penser une dimension sociale au libéralisme afin d’en redorer son image. Au fond, ce colloque à l’importance majeure, a inventé ce que l’on pourrait appeler le « Social washing » par référence anachronique au « Green washing » : Reteindre en rose pâle l’idéologie libérale de marché. Ainsi d’ailleurs est née à l’occasion du colloque le terme de « néolibéralisme » après que celui de  « social libéralisme », jugé finalement « trop de gauche » ait été évoqué par les participants. Faire pièce contre le keynésianisme alors dominant était aussi une des missions du Colloque Lippmann . De fait il existe bien une distinction historique entre ultralibéralisme et néolibéralisme que l’on pourrait démontrer avec d’autres références.          
Lire la traduction complète des actes du colloque Lippmann, ainsi que sa brillante analyse, par  Serge Audier dans « Le colloque Lippmann : aux origines du néolibéralisme » Ed Le Pommier   

       Le traité de stratégie néolibérale que constitue le rapport Monti, commence comme tout traité de stratégie par illustrer cette réflexion de Sun Tzu dans « L’Art de la Guerre » : « Connais ton adversaire et connais-toi toi-même. » Pour Monti les « adversaires au marché unique » se répartissent en trois catégories (p24):

1) Les  critiques radicaux,  qui veulent réduire l’intégration européenne, c'est-à-dire l’intégration / transfert de tout ce qui peut l’être dans les secteurs publics vers le secteur privé.
                                             Je fais donc partie de cette catégorie, difficile à convaincre pour M. Monti.
2) Les  partisans conditionnels,  (pour lui la grande majorité), qui sont favorables au marché unique mais qui ne le jugent pas assez social et écologique. Si l’on ne tient pas compte de leur réserve, la relance du marché unique sera un échec, il faudra donc les séduire en prévoyant des mesures appropriées.
 3) Les partisans inconditionnels du marché unique, dont il faut aussi se méfier car ils ne tiennent pas compte des réticences des partisans conditionnels et dont l’argumentation est trop dogmatique : elle les fait fuir tout en braquant les « critique radicaux » qui se mobilisent. 

          Selon Monti, il faut donc adopter une argumentation non dogmatique qui intègre les questions sociales et environnementales afin de convaincre les  partisans conditionnels  (véritable cœur de cible), mais aussi certains des critiques les moins radicaux,  et surtout présenter les choses de façon à désamorcer les discours les plus radicaux, sans perdre de vue qu’il faut conserver les partisans inconditionnels.
          On est là dans la philosophie qui anime le colloque Lippmann : « Social washing », et « Green washing » en sus, pour tenir compte des contraintes environnementales contemporaines.

          La lecture du rapport montre, outre l’extraordinaire intelligence stratégique de Mario Monti, le fait qu’il remplit pratiquement son pari ... sur le plan théorique. Une mise en œuvre dont par ailleurs (p.26) il n’envisage pas dès le début comme devant faire l’unanimité. A cet effet au chapitre 1-5 : Le marché unique doit-il vraiment faire l’unanimité ? Il indique que s’il n’y a pas de consensus sur certains points, le marché unique étant inscrit dans les traités, c’est la Commission et la Cours européenne de Justice qui ont mandat de les faire respecter. MAIS, il faut convaincre et gagner un large consensus afin de contenir les hostilités. Enfin il note qu’au Conseil, pour nombre de sujets, la majorité qualifiée suffit. Quant au parlement, juste évoqué, il est tout de même à gagner obligatoirement.

Enfin le problème des crises souveraines est anticipé ; mieux à la p. 40, cette « situation de difficulté budgétaire »  est envisagée comme
 une situation opportune à l’établissement d’un marché unique :

« Une des circonstances est sans doute l’impact économique, budgétaire et social de la crise, qui devrait permettre à chacun de prendre conscience des avantages,
plus nets que jamais, que peut procurer l’amélioration de l’efficacité du marché unique en termes de croissance et de création d’emploi,
compte tenu des marges très limitées disponibles pour les mesures de relance budgétaire. »

Comme on le voit, Mario Monti ne manque pas de ressources, il sait aussi retenir comme opportunité stratégique, la faiblesse des Etats par rapport à la crise, qui par défaut budgétaire n’auront comme autre solution que de livrer des pans entiers de leurs services publics au marché unique et leur politique économique au néolibéralisme :

Ainsi p.62, le marché unique doit être davantage étendu aux services de santé ; p. 64, la mobilité des travailleurs entre les Etats doit être encouragée, notamment en supprimant les obstacles fiscaux au travail transfontalier ; p.69 / 72 ; en s’appuyant sur le rapport Larosière, il propose la création d’un organisme européen émettant des euro-obligations et prêtant aux Etats en défaut sur le remboursement de leur dette (on voit-là l’idée première de création du Fonds Européen de Stabilité Financière / FESF) ; p. 79, point positif, dans le cadre de la protection du droit des travailleurs, il est proposé de combattre les « sociétés boîte à lettres » (consécutive nous le savons, à la fâcheuse Directive Bolkenstein / Mc Creevy ) mais comment ? On ne le dit pas ; p 80 : S’il n’est pas question de supprimer le droit de grève, il est proposé de définir une « marge de manœuvre par le dialogue social » afin d’en limiter les excès sur lesquels la Commission doit arbitrer dans la mesure où le droit à la grève contrevient au droit de libre circulation des marchandises inscrit dans les traités (!) ; P.82 : Il est rappelé que les services sociaux (SIG) sont à la charge des Etats, mais que toutefois l’Union peut les aider pour « de petits services publics » (Sic !) ; p. 83, concernant les SIEG, il est postulé que l’intégration au marché unique des services postaux, de transport et de télécommunication est un succès mais qu’il reste beaucoup à faire, des mesures sont proposées pour en étendre la portée : faciliter l’accès aux comptes bancaires : 20 % des adultes de l’UE en sont démunis, 47% si l’on compte les ados et prés ados (!) & faciliter l’accès à l’Internet haut débit / large bande ; p. 86, il est proposé d’ouvrir bien davantage les marchés publics aux PME, à la croissance verte et aux innovations ; p.88 : Pour œuvrer ensemble à la préservation de la souveraineté fiscale, il est recommandé de mettre davantage les Etats en concurrence afin de réduire les taxations sociales des entreprises (c’est dit !) ;  p 90, afin de palier au problème de « l’énorme dette publique », il est conseillé de jouer sur l’impôt indirect (bien sûr, c’est le plus injuste !) : TVA et taxes vertes à coordonner au niveau de l’UE ; p.92, il est recommandé de créer un groupe au sein de la Commission afin de gérer la politique fiscale au sein de l’Union ; p. 95, il est proposé de renforcer les règles empêchant l’utilisation des fonds structurels pour soutenir la délocalisation des entreprises (mais on propose pas de créer une commission parlementaire afin d’en contrôler l’effectuation (je plaisante, bien sûr !).
Enfin p.119, il est précisé fermement (mais était-il besoin de le faire) qu’ « il faut recentrer les institutions de l’UE sur le marché unique » et que « le marché unique doit être au centre des politiques de l’UE. »

 

 « Monsieur le professeur » Monti, Président Europe de la Commission Trilatérale et membre du comité de direction du Groupe de Bilderberg, aux petits oignons avec Goldman Sachs, nous a concocté un rapport de stratégie politique des plus néolibéral quant à la remise en route du Marché unique à l’Union européenne. On voit apparaître dan ce rapport l’idée première du FESF, mais aussi une méthodologie politique d’ouverture des secteurs publics aux marchés privés par temps de crise financière et budgétaire qu’il anticipe.
Le droit de grève y est emmené à être limité et la politique fiscale des Etats y échappe encore un peu plus à leur souveraineté.
Par ailleurs, il annonce une stratégie politique néolibérale qui se distingue de l’ultra libéralisme par une pratique de green washing et de social washing, apuyée par des bonnes intentions en début de rapport, qui n’ont d’autre finalité que stratégique (convaincre les partisans conditionnels et civiliser les inconditionnels ultralibéraux) et qui ne font l’objet que de propositions concrètes très marginales dans le corps du rapport.
Par ailleurs, du fait que Mario Monti ait accédé depuis à la tête de l’Etat italien, il éclaire la politique qu’il va y mener ainsi que les méthodes  qu’il va y employer.
Enfin la création du FESF et la politique fiscale menée par l’UE, montrent par exemple que ce rapport rédigé par l’un des dirigeants de la Commission Trilatérale et du Groupe de Bilderberg a eu de l’influence sur le politique de l’UE où il n’est pas resté sans conséquence. 

Mario Monti va-t-il quitter ses responsabilités dans ces deux réseaux d’influence majeurs, tout comme à Goldmann Sachs ainsi qu’à son think tank ? Qui va le lui demander ?

 

3) Les coulisses de la nomination de Mario Draghi à la tête de la Banque Centrale Européenne / BCE

La nomination du Président de la BCE, sur proposition du Conseil doit être approuvée par la Commission et par le Parlement.

Comment le choix de Mario Draghi a-t-il pu s’imposer au Conseil et à la Commision ? – De l’influence du G30 -

Mario Draghi, surnommé également « Super Mario » (encore un !) dans les milieux financiers avant de prendre la tête de la BCE, n’a eu aucune difficulté à s’imposer comme l’homme de la situation apte à succéder à Jean-Claude Trichet. Homme du sérail de la haute finance, cet ancien diplômé du MIT (Massachusetts Instute of Technology / Ph. D d’économie), a présidé le Comité de Privatisation Italien de 1993 à 2001, et à ce  titre a pu mener à bien celles de plusieurs sociétés publiques : ENI, IRI, Banca Nationale del Lavaro et IMI.
Il a été administrateur de la Banque Mondiale de la Banque Mondiale de 1984 à 1990.
S’en est suivi de 2002 à 2005, son intégration à la banque d’affaires Goldman Sachs en tant que vice Président de sa branche européenne. Suite à quoi, il devient Gouverneur de la Banque d’Italie jusqu’au 31 octobre 2011. A ce titre, il est aussi membre du conseil des gouverneurs de la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement.   De plus Mario Draghi est membre de 2 think tanks aux Etats-Unis : il siège au Conseil d’administration de l’Institute for Advanced Study de Princeton ( think tank de premier plan dispensant du conseil économique et stratégique) et à celui de la Brookings Institution (le plus important think tank démocrate) 
Ce parcours est connu et figure comme référence sur internet (Wikipedia), repris par les medias.

      Ce que l’on sait moins c’est que Super Mario II est membre du bureau directeur du G 30, qui est financé comme nous l’avons vu, par la fine fleur de la banque et de la finance mondiale, y compris par Standard & Poors (voir plus haut). 
Il siège au comité de pilotage de cette organisation  présidée par Paul A. Volker (ancien président du Federal Bank System des Etats-Unis et ... Président d’honneur de la Trilatéral Commission).
Au bureau de direction du G30, M. Draghi est entouré de personnalités dirigeantes de banques publiques et privées, de la haute finance et d’organisations de contrôle financier des plus influentes ;
qui sont-ils ?

Analyse transpolitique du bureau des dirigeants du Group of  Thirty / G30 : 31 membres, avec Paul. A Volker

En tout : le G30 représente 67 fonctions stratégiques majeures, dans le milieu de haut niveau de la haute finance (publique & privée) et de l’influence, bien sûr avec les carnets d’adresse qui vont avec ! Ce qui représente une organisation de pouvoir d’influence colossale ; sans que l’on tienne compte  de ses membres émérites tels Jacques de Larosière, dont on a vu qu’ils pouvaient jouer un rôle majeur dans le cadre d’une géopolitique financière discrète.
On remarquera par ailleurs la bonne représentation des organisations de contrôle financier, parmi même les plus opaques, en effet on décompte 3 représentants majeurs de la BRI / Banque des règlements internationaux (3 représentants : Président, Chairman, administrateur) que j’ai classée bizarrement dans cette catégorie, alors que celle qui lui convenait immédiatement le mieux était celle des banques multilatérales (FMI/BM/BCE). Certes, cela peut se discuter, mais il faut savoir qu la Banque des Règlement Internationaux à été créée en 1930 (à la suite de la crise de 29 / siège social à Bâle) et qui d’emblée il lui a été donné eu un rôle de régulateur financier. Par ailleurs il a été décidé lors de la réunion du G10 de 1974, de créer le Comité de Bâle (dont le président actuel est Stefan Ingvès), dépendant directement de la BRI. Organe de régulation financière particulièrement opaque, tout comme le Financial Stability Board présidé par ... Mario Draghi (dont il va devoir vraisemblablement quitter la présidence).
Ecoutons Sylvie Goulard (voir plus haut / membre de l’EPFSF et rapportrice auprès du parlement du CERS tout nouveau. CERS dont on trouve les deux présidents successifs (Trichet & Draghi) dans le G30, ainsi que son vice président (Mervyn King) ;
elle s’exprime dans un article paru dans Le Monde, le 22 février 2010, intitulé : « L’Europe doit réguler la finance. »

« En attendant, la première priorité pour les Européens devrait être d'affirmer les principes de démocratie, de transparence et de respect de la diversité qui caractérisent l'UE.
Si des instances comme le Financial Stability Board, le Comité de Bâle ou l'International Accounting Standard Board apportent des contributions utiles, leur légitimité est purement technique. Il n'est pas acceptable d'abandonner à ces organes inconnus des citoyens, travaillant dans une certaine opacité et dont le champ culturel est borné, pour l'essentiel, aux horizons anglophones, le soin de définir les normes comptables des entreprises ou de sceller le destin des banques mutualistes françaises. »

      Cette citation est piquante, à l’aune de ma démonstration précédente sur la réforme du système du contrôle financier européen ! Car d’une part, elle reconnaît l’opacité des ces organisations, sur la base d’une stratégie du type « qui veut tuer son chien l’accuse de la rage » de sorte à valoriser les réformes européennes en la matière, tout en omettant de préciser qu’à la date où elle s’exprime Mario Draghi est président du Financial Stability Board  [PJ] et qu’il est déjà fortement pressenti pour succéder à J.C. Trichet à la tête de la BCE, et qu’en tant que tel il deviendrait alors Président du CERS, projet qu’elle vante dans son article. De fait Mario Draghi est passé directement de la case FSB à celle du CERS .... dans la démocratie, la transparence et le respect de la diversité ? 

 De fait, au sein d’un tel aréopage d’élite représentants 64 fonctions stratégiques majeures dans le milieu de haut niveau de la haute finance (publique & privée) et de l’influence, on comprend sans doute beaucoup mieux comment la candidature de Mario Draghi a pu s’imposer au Conseil européen, puis à la Commission, mais aussi à l’Ecofin et à l’Eurogroupe.
Reste que la nomination de Mario Draghi devait être entérinée au Parlement Européen. On va le voir le trafic d’influence à ce sujet est assez piquant.

Le Parlement européen sous influence vote Mario Draghi !

En effet tel est le résultat en plénière le jeudi 23 juin 2011 par : 499 voix pour, 72 contre et 89 abstentions. Comment en est-on arrivé là ?

Le Parlement à eu à se prononcer sur la base d’un rapport (Réf. : A7-0229/2011) 

Présenté par Sharon Bowles : Présidente de la Commission parlementaire des Affaires économiques et Monétaires, mais aussi membre de l’EPFSF et du TPN (voir plus haut) dont on a souligné le rôle majeur dans la réforme du dispositif de contrôle financier européen.

Le rapport Bowles comprend 3 parties: 1) La proposition de décision au Parlement européen, 2) Le Curriculum Vitæ de Mario Draghi,
3) Les réponses De Mario Draghi aux questions des membres de la commission rapportrice et 4) Le résultat du vote final en commission.

Quant au CV de Mario Monti on fera remarquer que si ses activités à Goldman Sachs, à la Brookings Institution et à l’Institude for advanced Study y figurent bien, par contre il n’y figure aucune mention de sa présence au bureau des dirigeants du Group of  Thirty / G30.
De fait déjà, les députés européens n’ont pas pu se prononcer sur une base éclairée car cette information a été occultée dans le CV de Mario Draghi !
De fait, aucune question ne lui a été posée sur son appartenance et ses activités au G30. Le vote du Parlement qui entérine sa nomination est donc caduc, au motif d’occultation d’information dans le CV fourni aux députés.

Par ailleurs, la composition de la commission rapportrice présidée par Sharon Bowles doit attirer l’attention.
J’en livre ci-dessous le copier collé, avec repérage coloré des membres de l’EPFSF , du TPN  et des membres communs à ces deux organisations

Rapport Commission Bowles à Mario Draghi

39 membres au total / l’original figure en fin du rapport.

Date de l’adoption 15/06/2011
Résultat du vote final

+ : 33

- : 2

0 : 4

Membres présents au moment du vote final Sharon Bowles, Udo Bullmann, Pascal Canfin, Nikolaos Chountis, George Sabin Cutaş, Leonardo Domenici, Diogo Feio, Elisa Ferreira, Ildikó Gáll-Pelcz, José Manuel García-Margallo y Marfil, Jean-Paul Gauzès, Sven Giegold, Sylvie Goulard, Lime Hoang Ngoc, Gunnar Hökmark, Wolf Klinz, Jürgen Klute, Philippe Lamberts, Werner Langen, Astrid Lulling, Arlene McCarthy, Ivari Padar, Alfredo Pallone, Anni Podimata, Antolín Sánchez Presedo, Olle Schmidt, Edward Scicluna, Peter Simon, Peter Skinner, Theodor Dumitru Stolojan, Ivo Strejček, Kay Swinburne, Marianne Thyssen, Ramon Tremosa i Balcells, Corien Wortmann-Kool
Suppléant(s) présent(s) au moment du vote final David Casa, Ashley Fox, Thomas Mann, Claudio Morganti

--> Soit : EPFSF + TPN = 14 membres / 39 membres au total =  36 % des membres dont la Présidence

EPFSF = 13 membres : 33 %
TPN     =  6 membres                              Mais 5 consanguins : appartenant à la fois aux deux réseaux   

Question : Alors que le Comité de pilotage de l’EPFSF compte 36 députés membres, soit 4,8 % des effectifs du Parlement européen,
comment peut-il ici peser 33%, soit 1/3 des effectifs de la commission parlementaire ?

 Haut de page

Mario Draghi a été choisi et nommé officiellement (Conseil, Commission & Parlement) dans des conditions opaques, nimbées de conflits d’intérêts et de stratégies d’influence qui ne satisfont pas au fonctionnement légal des institutions européennes.
En effet : son appartenance au bureau du Group of  Thirty /G30 a été occultée de toute procédure de nomination, notamment dans le rapport Bowles au parlement européen, base du vote des députés européens, ce qui pose par ailleurs la question de leur niveau d’information quant aux agissements des réseaux d’influence.
Or cette société discrète qu’est le G30 représente une force géopolitique et financière majeure : 67 fonctions stratégiques de premier plan,
en grande partie en conflit d’intérêt avec la fonction de Présidence de la BCE.
         De plus, on remarque la présence significative de la Trilateral Commission parmi les membres de cette organisation : Paul A Volker (Chairman G 30 & Prés H° de la TC, auquel se rajoutent 6 autres membres sur 31 au total : soit 23 %, près du quart des effectifs). Trilateral Commission dont nul ne sait qui la finance.
Par contre pour le G30, on le sait : la fine fleur de la finance mondiale & Standard & Poors
.
Par ailleurs, le G30 est une organisation de nature collusive associant dirigeants d’organisations d’intérêts privés et publics, de think – tanks / groupes de réflexion, dont la nature est reconnuse comme « groupes d’intérêts » par l’UE, depuis la résolution du parlement du 8 mai 2008 :
« Cadre régissant les activités des représentants d’intérêts [lobbyistes] auprès des institutions de l’Union Européenne » - article 10.

Plus généralement l’appartenance cachée de Mario Draghi au G30 viole le cadre législatif défini par l’Initiative Européenne de Transparence / IET.

Il s’agit là d’une occultation d’information , dont est responsable aussi Mario Draghi, qui a très certainement fourni la base de son CV.
Occultations en série qui ont  faussé l’instruction nécessaire des députés européens en ne leur permettant pas de fournir un vote éclairé.

Enfin, le fait que 33 % (1/3) des membres de la commission Bowles appartiennent à L’EPFSF (dont elle-même),
démontre une intrusion des milieux lobbyistes financiers dans le dispositif parlementaire européen.
 
En conséquence, la nomination de Mario Draghi doit être remise en cause,
afin qu’un nouveau président de la Banque Centrale Européenne soit élu de façon transparente,  instruite et sans stratégies furtives reposant sur un viol des procédures légales de décision au sein des institutions européennes.

L’Union européenne doit reposer sur les valeurs des Lumières et non sur les petits arrangements des princes de l’opacité et de la combine.
Pour le reste :

« Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent et qui refusent d’intervenir. »
- Albert Einstein –
Et
« Il s’agit de servir la dignité de l’homme par des moyens qui restent dignes au milieu d’une histoire qui ne l’est pas. »
- Albert Camus –
 

 

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